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dimanche 10 septembre 2017

17 de Bram à Carcassonne 25 km

1 l’étape du jour
 
Aujourd'hui nous ne verrons pas les tours de Carcassonne se profiler à l'horizon de Barbaira mais de Villesèquelande, en fait de beaucoup plus loin puisque c'est de l'aéroport qu'elles sont visibles. Il était prévu de n'emprunter que la voie romaine qui est une route aujourd'hui très droite comme les romains savaient les tracer. Mais, la tranquillité nous a fait choisir un petit passage le long du canal du Midi avant Villsèquelande...
 
 
2 le tracé
 
 
 
3 le détail de l'étape
 
Hier soir, juste avant d'arriver à l'hôtel, nous avions traversé un rond-point avec une drôle de statue et un autre Monument proche avec seulement un mot en espagnol : retirada. Je connaissais depuis peu la remontada mais je ne comprenais pas le sens du retrait ici à Bram. Je me disais "retrait" en espagnol, il n' a que Raph pour connaître... Y avait-t-il un lien avec un bras bionique ?


 Hélas non. La fuite des républicains espagnols en 1939 et l'accueil approximatif des Français les ont conduit dans des camps comme à Bram. L'autre monument est plus explicite sur ce qu'ont vécu ces réfugiés politiques.


Les nuages sont bien présents, la tramontane souffle fort et la veste polaire se supporte bien. 
Pour éviter la monotonie de la route fort rectiligne, la canal du Midi très proche ne fait perdre qu'un minimum de temps par endroits. Nous profitons des longs alignements de platanes qui vont bientôt disparaître touchés par une maladie fatale. Tous ceux qui n'ont plus de feuilles sont condamnés par un marquage mauve signifiant "à couper".


Juste avant Villesèquelande nous reprenons la route pour limiter la distance supplémentaires associée aux nombreux virages du canal. C'est bien plus rapide mais plus risqué.




Sur le territoire de Sainte-Eulalie existait un camp romain réputé, important ouvrage de défense fortifié, en forme de triangle, dont un des sommets était situé au pech (colline) du Château d’eau de Villesèquelande. Autour de ce camp, de grands domaines appelés aussi « Villa » se créaient, fondés très souvent par un chef militaire tenté par la possession de la terre.  Le mot « Villa » couvrait alors non seulement la maison d’habitation du maître, vaste et bien défendue, mais aussi celles des serviteurs et le domaine terrien plus ou moins grand qui en dépendait.

Un officier romain, Sicanus, fit construire sa puissante villa, « Villa Sicani » qui devint par la suite au Xème siècle Villasicca puis finalement Villesèque.

Les Wisigoths envahirent le pays en 435 et conservèrent ce territoire plus longtemps que les autres possessions gauloises. 




 La mutatio Cedros de l'Itinéraire hiérosolomytain est généralement placée près de Caux, mais elle devrait se trouver 6 milles (9km) après Bram et 8 milles (12 km) avant Carcassonne. C'est donc à hauteur de Villesèquelande qui se situe juste à 6 milles de Bram. Caux, où aucun site romain n'a été repéré, est trop éloigné. On a trouvé à la sortie du village de nombreux vestiges : empierrement, tegulae, céramique on proximité de la voie ferrée comme dans un fossé d'un appareillage de pierres bien taillées, ruines probables d'un gué ou d'un ponceau.
  
Nous quittons Villesèquelande par une petite route qui devient chemin au milieu des vignes puis sentier avant de rejoindre le canal du Midi pour une courte distance. Nous passons une autre écluse à pied, les biefs sont maintenant plus longs...


C'est le retour sur la "voie romaine" pour ne plus la quitter jusqu'à Carcassonne. La différence c'est que les nuages noirs menaçants commencent à lâcher des quantités notables d'eau. C'est le retour des pèlerines. Ajoutée au vent qui forçit, la pluie nous fait retrouver notre plaisir de ressentir l'eau qui ruisselle sur les mollets.

Nous atteignons le hameau d'Herminis nous enlevons nos pèlerines. 

 Nous poursuivons vers l'aéroport de Carcassonne (Toulouse pour Ryanair...). Une autre grosse averse qui nous arrive dans le dos... Nous avons retrouvé notre dextérité italienne, malgré le fort vent nous sommes équipés en moins de 30 secondes, un bon travail d'équipe.

 Une fois l'aéroport dépassé, c'est l'arrivée dans les faubourgs de la ville pas très jolis en semaine mais à casser le moral un dimanche. Nous voilà à Carcassonne. Mais la Cité est encore à trois kilomètres du anneau signalant la ville.
 
 


Le nom de Carcassonne apparaît pour la première fois dans deux documents au IVème siècle : l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem (sous le nom castellum Carcassone) et la Table de Peutinger (sous le nom castellum Carcassione). Par contre il n’est pas cité dans le Catalogue des Provinces Romaines alors que Lodève (casteollum Luteva) ou Uzès (castellum Ucciense) le sont.

À la fin du IIème siècle av. J.-C., le lieu est déjà un oppidum avec des fossés et héberge des habitations gauloises. En 118 av. J.-C., les Romains s’emparent du lieu occupé par les Volques Tectosages et fortifient l’oppidum. Ensuite les Wisigoths s’emparent de l’oppidum au Vème siècle, puis les Sarrasins au VIIIème siècle qui resteront environ trente ans avant d'être chassés par les Francs. Ces derniers laisseront le nom de Karkashuna.

 C’est dans le courant du VIème siècle avant J.C que le site de Carsac est abandonné au profit d’un oppidum sur la butte de la Cité. A partir de cette période le promontoire stratégique ne sera plus contesté et l’occupation sera permanente. Cette première occupation est attestée par les strates repérées à la fois vers le Château Comtal et le musée lapidaire à plus de 4 m de profondeur ou vers le théâtre mais peu profondes par rapport aux couches actuelles. Elles s’enfoncent vraiment vers la tour Mipadre où elles atteignent la côte de 9m soit 2 m en dessous de la tour actuelle. Un premier fossé semble être attesté large de 6 m et profond de 2.5m. Les restes de murettes en pierres sèches pourraient être rattachés à des substructions de cabanes. La proximité de silos et d’un four à bronzier ou de potier confirmeraient l’hypothèse. Les poteries et céramiques dont celles importées sont des éléments forts de cette période en particulier les poteries à vernis noir de style pré-campanien ou campanien. Globalement les connaissances liées à cette période restent à défricher. 

Vers le IIème siècle avant J.C le couloir entre Toulouse et Narbonne est occupé par les Volques Tectosages. Après la victoire des romains et pour permettre de meilleurs échanges commerciaux à partir de la colonie de Narbonne, il est créé des nouveaux comptoirs ou oppida marché. C’est à cette époque qu’une nouvelle ville s’étend au pied de la colline. L’oppidum est mentionné par Pline sous le nom de Carcaso Volcarum Tectosagum, qui devient une étape, un point de convergence important. De nombreuses marchandises transitent à cet endroit : amphores et céramiques et contreparties en céréales Lauragaises, salaisons pyrénéennes, lingots de métal provenant de la Montagne Noire, du Rouergue ou des Corbières. A l’époque républicaine l’emprise agricole recouvre une grande partie du territoire.  Les premières fortifications de la Cité vont apparaître au IVème siècle après J.C. L’ouvrage comportait  vraisemblablement 34 à 40 tours. Elles sont reconnaissables à leurs assises de briques, la hauteur devait atteindre entre 13 et 14 m de haut. Les courtines crénelées ne dépassaient pas 8 à 9 m. Cette fortification se superpose à la première enceinte. Le périmètre est important soit plus de 1200 m de circonférence. Grâce à cette nouvelle sécurité la ville se développe sur les flancs au Bas-Empire. Le quartier Nord est relié aux fortifications par un mur d’enceinte dont l’ancrage est encore visible près de la porte nommée « le Bourg ». C’est dans ce cercle qu’auront lieux les premiers cultes chrétiens. Cette enceinte primitive est encore en partie visible aujourd’hui avec les tours dites : de la Marquière, de Samson et du Moulin d’Avar restaurées au XIXème siècle par Viollet le Duc et ses successeurs ou bien encore dans certaines parties de l’enceinte médiévale où elles servent de soubassements. 


 
 Nous arrivons fourbus dans la Cité et nous allons directement à l'Auberge de Jeunesse. C'est avec grande satisfaction que Christine obtient sa carte annuelle de moins de 25 ans.


Nous faisons un tour dans la Cité qui est envahie par les touristes. Quel contraste ! C'est le même ressenti qu'à Conques ou au Mont-Saint-Michel. Après ce bain de foule. Nous retournons juste avant 17 heures à l'Auberge de Jeunesse, le signal WiFi est puissant dans la salle de lecture. Écouteurs sur les oreilles, les conditions sont idéales our voir la victoire de Toulon contre Toulouse !

 Demain, ce sera Capendu ! En se retournant, nous verrons enfin les tours de Carcassonne se profiler à l'horizon de Barbaira...


 
4 logistique

Carcassonne :
Office du Tourisme  28 Rue de Verdun 
Auberge de Jeunesse 
 Hôtel de la Bastide 81 Rue de la Liberté   chambre 62€ PdJ 8€ tel 04 68 71 96 89   hoteldelabastide@wanadoo.fr
 
 

 

samedi 9 septembre 2017

16 de Castelnaudary à Bram 17 km

1 l’étape du jour
 C'est une étape courte sur une route qui s'appelle la voie romaine et qui va ainsi jusqu'à Carcassonne. Mais aujourd'hui la météo est différente, les pèlerines seront de sortie pour la première fois...
 
 
2 le tracé
 
 
 
3 le détail de l'étape
 
 
Entre la mutatio Sostomago (Castelnaudary) et le vicus Eburomagus (Bram), le tracé de la voie d'Aquitaine est défini par l'étude d'images aériennes et des observations de terrain. Il est remarquable que les orientations de trois de ses lignes brisées coïncident avec celles de structures agraires antiques organisant la plaine. On n'y voit pas le signe que ce tracé est récent, mais qu'il a été établi en concomitance avec ces structures. Il s'agit aussi d'un tracé optimal en fonction de la topographie, enrichi de trois stations inconnues des itinéraires antiques.

Ce matin réveil, petit déjeuner et départ aux heures habituelles. Cependant, nous allons suivre le canal du Midi dans un premier temps avant de gagner la route rectiligne qui est appelée la "voie romaine". Nous passons près du port et nous faisons un crochet par l'église Saint-Michel.








Nous regagnons le bord du grand bassin pour retrouver le canal du Midi et les 3 premières écluses qui forment un groupe. La pluie est là, c'est l'heure des pèlerines !


Le parcours est agréable et bien moins fréquenté que la veille. Nous croisons une compagnie de légionnaires qui court, au départ je croyais à une équipe de rugby mais avant le croisement je n'ai vu que des gabarits légers... La pluie redouble, bientôt il pleuvra autant sous les arbres.



Nous quittons ensuite le canal pour gagner la voie romaine qui est une route très rectiligne moyennement fréquentée. 
La pluie se densifie encore. L'eau ruisselle le long de la membrane respirante et descend le long des mollets puis des chaussettes et enfin remplit les chaussures... C'est à ça que l'on juge une bonne et longue pluie.
Du coup, nous accélérons encore pour atteindre le seul village intermédiaire : Pexiora.

C'est à partir du XIème siècle qu'apparaît Pexiora, point relais de la Via Aquitania, entre Castelnaudary (Sostomagus) et Bram (Eburomagus). Le village prit forme autour d'une chapelle romane en ruines. À proximité de l'édifice, les Hospitaliers de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem fondèrent vers 1102 une commanderie ainsi qu'un hôpital. Vers 1134, fut également créée une deuxième chapelle, dédiée à Saint Jean-Baptiste patron de leur ordre.Durant la croisade contre les Albigeois, les Hospitaliers tolèrerent la présence des Cathares sur le territoire de la commanderie. L'enrichissement de la commanderie, lié aux dons de terres et de bêtes de différentes personnalités locales impliquées dans l'hérésie en est peut-être à l'origine. Pexiora échappat aux dévastations que commit le Prince noir en Languedoc en 1355, moyennant une rançon importante.

  Nous ne prenons guère le temps de regarder les monuments du village. Notre seule préoccupation est de trouver un bar. Nous en trouvons un qui fait aussi bureau de tabac, alimentation et point presse. Nous faisons durer la pause en escomptant une accalmie qui ne viendra pas. Trois quarts d'heure plus tard nous repartons sur notre longue ligne droite.


Les sept kilomètres n'en finissent pas pour atteindre Bram
Pour moi Bram avant que je ne connaisse Eburomagus c'était le village des Spanghero, la fratrie issue de la même famille célèbre sur tous les terrains de rugby. Rugby s'y prononce Rrrrrruby en faisant rouler le "r" et en omettant le "g". 
 " Si à la table des Spanghero on parle peu, c'est qu'on y mange beaucoup ! " dira Roger Couderc ayant assisté à un dîner familial. Une vraie citation culte que Michel Audiard aurait pu faire sienne. Pour les nostalgiques voici le reportage qui faisait découvrir le jeune international prodige Walter Spanghero, qui avait été un élément prépondérant de la victoire en Afrique du Sud contre les Springboks 8 à 6 !



Le vicus Eburomagus a été la plus grande agglomération antique du Lauragais, couvrant quelques 50 hectares.

Le site, qui correspond à l’actuelle ville de Bram, a été occupé de la première moitié du IIème siècle avant J.-C. jusqu’au Vème siècle après J.-C. L’origine du toponyme est gauloise : Eburomagus signifie soit le « marché de l’if ». ou bien le « marché d’Eburos ».

C’est au IIème siècle avant J.-C. que l’agglomération commence à se développer avant de prendre le statut de vicus avec la conquête romaine. Son importance, son statut, son évolution, les raisons de sa prospérité sont essentiellement dus à son implantation sur un carrefour de la voie d’Aquitaine et d'une voie nord-sud perpendiculaire ainsi que sa position au coeur d’un riche pays agricole.

Au IIème siècle ap. J.-C. les trois magistri vici de la ville offrent un théâtre aux habitants, comme le révèle sa dédicace découverte en 1969 dans une maison de la place Carnot. 


Pour les latinistes émérites je vous écris le texte en latin : 

Numini 

Augustor (um) et Apollini 

Q (uinlus) Marius Quartus 

L(ucius) Plulius Viator L (ucius) Decumius Celadus 

magistri vici Eburomagi 

 thealrum de sua pecunia f (ece (runl) 

idemque dedi (caverunl)

Et que je traduis en Français pour les autres... :

Quintus Marius QuartusLucius Plutius Viator, Lucius Decumius Celadusmagistri du vicus Eburomagus, firent construire ce théâtre  avec leur propre argent, et le consacrèrent au génie des Augustes et à Apollon.  Les magistri vici  sont habituellement trouvés dans le voisinage de grandes villes comme Rome ou Pompeii mais occasionnellement dans des villages de province comme ici les  magistri vici Eburomagi en Narbonensis et un magister vici Bodatii en Belgica. La dédicace aux Augustes fait référence à une période où plusieurs empereurs régnaient ensemble (Marc Aurele et Lucius Aurelius Verus (162-169 ) ou Marc Aurele et Commode (176-180)).

 

La première mention d’Eburomagus apparaît vers 70 avant notre ère dans le pro Fonteio de Cicéron. Plus tard, en 333 l’Anonyme de Bordeaux mentionne le « bourg de Bram » ("vicus Hebromogus") comme une étape dans son Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. La table de Peutinger indique aussi Eburomagus entre Carcassonne et Fines.

Centre commercial et artisanal très actif, Eburomagus s’est développé à un carrefour important : la Voie d’Aquitaine reliant Narbonne au sud-est à Toulouse au nord-est et l’axe secondaire entre la Montagne Noire au nord-est et les vallées de l’Aude et de l’Ariège au sud-ouest.


Le tournant dans le développement du vicus a lieu à partir de l'époque augustéenne. L’agglomération se développe et devient un centre économique important : ses activités artisanales et marchandes approvisionnent la région. Sur le plan commercial, les nombreuses céramiques d’époque impériale découvertes (italiques, ibériques, africaines) confirment le rôle notable que Cicéron donne un peu plus tôt à Eburomagus dans le commerce du vin.

Eburomagus était un centre important de production céramique avec pas moins de cinq ateliers à l’époque d’Auguste. La diffusion des céramiques atteste aussi de ce dynamisme : de la Méditerranée à Bordeaux, des Pyrénées à l’Albigeois.



Le travail du fer est aussi attesté à Eburomagus. Il est certain que les artisans y pratiquaient la réduction et surtout la fabrication d’objets correspondant aux besoins locaux, notamment pour l’agriculture. Cette activité était en lien avec les centres sidérurgiques de la Montagne Noire : des céramiques produites à Bram ont été retrouvées au Martys (Aude), tandis que des lingots fondus dans les bas-fourneaux de la Montagne Noire ont été transformés dans les forges d’Eburomagus. Le travail du bronze est également avéré à Eburomagus.

Nous avons visité avec grand intérêt la Maison de l’archéologie "Eburomagus", le centre archéologique qui est le lieu du rapatriement des pièces de la zone et pour beaucoup de Bram, entreposées jusque-là au dépôt du Présidial à Castelnaudary.

 Demain, nous atteindrons Carcassonne une autre étape importante sur la route de Narbonne avec des conditions possiblement humides...
 


4 logistique
 
 Maison Saint Jules 5 Rue Carnot  tel 06 11 74 32 24  B&B 75€
 
Hôtel Le Clos Saint-Loup  69 Avenue du Razès  tel 04 68 76 11 91  chambre 55€ PdJ 6€ DP 52€

 

 B&B Coup de Coeur 17, Place Carnot sur Booking